5.23.2012

L'épreuve.

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 < L'homme progresse tant qu'il accepte les épreuves. > [Anthony Lipsey]

Pour ceux qui m'ont lue hier, il s'agit d'un extrait d'une réponse adressée à ma mère

Long story short, elle vient de mettre ma sœur de 17 ans à la porte et un conflit familial vient d'éclater.

...Sauf que le cœur me manque, et je ne lui ai toujours pas envoyé mon message.
:|
Je ne veux pas la blesser parce qu'elle m'a blessée. Mais j'aimerais qu'elle m'entende à son tour.

Je partage ceci, même si c'est très personnel, car je suis déchirée et je n'arrive pas à trancher. Go ou no go?
Vos opinions sont les bienvenues, surtout si vous me connaissez plus personnellement.


« [...] Mon message indifférent n'est que la réponse à ton indifférence. "On récolte ce que l'on sème", tu le dis toi-même. Si mon indifférence t'ennuie, voici alors ma prise de position.

Nous sommes, Stéphanie et moi, conscientes que tu as une condition physique, moi encore plus qu'elle, pour l'avoir vécu à plus petite échelle ; tu as aussi un conjoint dont le principal devoir devrait justement être de subvenir à tes besoins. Et je sais qu'il le fait, je n'en doute pas un instant. Il le fait peut-être même avec de bien moins hautes attentes envers toi que tu en as envers lui. Tu as de la chance d'avoir Yves. Tu es très, très chanceuse. J'espère que tu en as conscience. Mon dieu, la patience et la clémence de cet homme à ton égard
j'espère que tu lui dis souvent que tu l'aimes et que tu es reconnaissante de l'avoir dans ta vie. Il le mérite grandement. J'estime sans prétention que tu es aussi chanceuse de nous avoir, ma sœur et moi, mais ça c'est une autre histoire.

Ce n'est pas le rôle de ton adolescente de 17 ans de te prendre en charge (ça devrait d'ailleurs être le contraire ― ça fait partie du deal lorsque tu mets un enfant au monde... je dis ça comme ça), bien qu'elle ait tenté de se rendre utile et de t'aider à sa façon... Mais ça, hélas, on dirait que tu ne le vois pas. Ben non, elle n'est pas parfaite ― l'es-tu toi-même? Oui, elle est un peu tête en l'air de sa nature, elle a un penchant artistique et c'est une rêveuse... Mais elle est comme ça, apprends donc à l'accepter tout comme elle t'accepte. Si tu l'encourageais, la supportais et la remerciais pour ne serait-ce que le peu de bien qu'elle réussit à t'apporter au lieu de l'accuser de ce qu'elle n'arrive pas à te procurer, ça aurait changé bien des choses. On ne fait pas avancer un cheval seulement à coups de cravache, ça ne fera que l'épuiser davantage, le blesser et par conséquent le ralentir. Tu devrais peut-être garder ça en tête, lorsque tu as des attentes envers les gens. De toute façon, c'est tellement plus satisfaisant d'être récompensé par un geste qui a été accompli de bonne foi plutôt que lorsqu'on l'a exigé. Les gens donnent plus souvent de bon cœur que tu le penses, il faut seulement leur en laisser l'occasion au lieu de les y précipiter ou les y obliger.


Aussi tu ne peux pas la blâmer d'essayer d'être heureuse et de commencer sa vie du bon pied. Ta condition n'est pas de sa faute. Ne cherche pas des coupables là où il n'y en a pas. C'est hypocrite et opportuniste de ta part. Tu vantes ma sœur quand ça t'arrange de passer pour une bonne mère aux yeux de purs inconnus (parce qu'évidemment, quel prestige cela procure, qu'un étranger pense que tu es une bonne personne... mais ce n'est pas grave si tu déçois ta famille, par contre), et une fois seule avec elle, tu la poignardes dans le dos et tu t'en prends à tout ce qu'il y a de bon en elle. Encore une fois, je te rappelle qu'elle n'a que 17 ans, et c'est toi la mère, l'adulte, son exemple, son guide ; c'est ton rôle de l'aider à s'épanouir tandis que sa personnalité et son avenir de jeune adulte commencent à peine à se définir. Pas l'inverse. Ne me parle pas de justice, c'est injuste d'être parent et ça l'a toujours été ― mais c'est également un choix. Peut-être que si tu ne passais pas le plus clair de ton temps à la dénigrer lorsque vous êtes seule à seule, ce serait plus facile et naturel pour elle d'être portée à éprouver de la compassion pour ton sort au lieu de chercher à te fuir et t'éviter. Tu ne peux quand même pas t'attendre à récolter quoi que ce soit là où tu n'as pas semé des graines fertiles. Je suis soulagée en un sens qu'elle soit partie, elle va peut-être s'éviter de finir sur les antidépresseurs à 18 ans, elle.


Qui suis-je pour te juger? Il me semble que j'aurais nettement plus de motifs que toi de le faire ― la différence entre toi et moi, c'est que moi j'ai relativement bonne conscience, et que je ne juge pas à tort et à travers. Et que ça ne m'apporterait aucune satisfaction, de toute façon. Je n'ai pas besoin de passer mes frustrations quotidiennes et existentielles sur les personnes que je prétends aimer. Remarque la différence entre un jugement et un préjugé, ce sont deux choses fort distinctes, soit dit en passant. Je ne me retiendrai certainement pas de te juger si je crois pertinent de le faire, tu juges comme tu respires. Et tu rejettes toute forme de critique, qu'elle soit constructive ou pas, objective ou pas, bénéfique ou pas ― tu refuses d'évoluer et d'avancer. Ton choix. Respecte le fait que les gens n'ont pas à payer le prix de tes décisions et de tes actions... ou plutôt, de tes inactions.


Sinon, élargis ton champ de vision, tu serais étonnée de voir toutes les belles choses que tu manques. Non, tu n'es pas incontestable et absolue même à 50 ans ; on a tous à apprendre de la vie et des gens, quel que soit notre âge. Accepter ça, c'est d'ouvrir ses portes à la sagesse ; le refuser, c'est de se condamner et se restreindre à un esprit faible et étroit. Tu aurais dû demeurer en contact avec [une personne de son passé], c'est un homme à la spiritualité d'une influence hautement positive et ça t'aurait sans doute fait le plus grand bien. Tu as beau te moquer des intellectuels et des philosophes, regarde où ça t'a menée de rejeter toute autre psychologie et pensée que la tienne : tu es de plus en plus bornée, désillusionnée, déconnectée, et ça ne t'apportera que davantage d'isolement. Parfois je crains que tu finisses comme ma grand-mère paternelle ― amère, froide, triste et seule. Tu commences à t'en rapprocher de par ton entêtement à rejeter tout ce qui te déplaît ou t'effraie au lieu de tenter de l'accepter, l'intégrer à ta vie, ou de tout simplement t'y adapter. Mais bon, qui suis-je à 22 ans pour te parler de la vie? Je ne suis qu'une petite sotte à la tête en l'air, après tout. Et pourtant, c'est drôle ; tu es la seule adulte de mon entourage qui perçoit mon raisonnement comme inapproprié et impudent. Ma belle-mère, la mère de Kev, témoigne à mon égard plus de considération et de fierté que toi, à la limite. Tu as beau être ma mère et me connaître depuis toujours, tu focalises tellement sur l'aspect négatif des choses que tu t'aveugles toi-même et te rends insensible à ce qu'il y a de bon. Ça me désole. Pas pour moi, mais pour toi. Ça ne m'empêche pas d'avoir des proches qui m'apprécient à ma juste valeur, et à qui je peux rendre la pareille tout naturellement. J'aimerais seulement que tu me donnes une chance d'en faire de même avec toi. Mais bon, je ne t'écris pas pour parler de moi.


Alors, ce que tu penses de moi ou de mes actions ne me touche plus vraiment, puisque la plupart du temps, sans regard pour le bien ou le mal que je fais, tu cherches à me rabaisser ou à t'en prendre à moi dès que l'occasion se présente. Occupe-toi de tes problèmes d'estime de soi sans piétiner autrui sur ton chemin ; moi, je n'ai aucun problème à ce niveau-là. Le stress ne me donne pas d'ulcères d'estomac, la culpabilité ne m'empêche pas de dormir la nuit, parce que j'accepte mes failles et j'ai la tranquillité d'esprit de savoir qu'au moins, j'essaye de les corriger au lieu de les nier. Tu projettes constamment tes propres lacunes sur ma sœur et moi alors que tu es incapable de reconnaître tes fautes et tes erreurs. Bien placée pour parler. Tu nous reproches les choses pour lesquelles tu as les mêmes torts. Lorsque tu adopteras une attitude consciencieuse, respectueuse, sensée et moins centrée uniquement sur ton petit dessein personnel, tes jugements et tes critiques pèseront dans la balance.


Pendant que ton quotidien tourne autour de ta collection de chaussures, de timbres (encore là, je peux totalement comprendre une passion), et les "gauchistes" sur lesquels tu obsèdes outre mesure et de manière qui dépasse l'entendement, bien que cela te semble égal, ta plus jeune fille vient de plonger à 100 km/h dans la vraie vie et apprend à voler de ses propres ailes en faisant preuve d'un optimisme et d'une débrouillardise franchement surprenants ― tu serais étonnée de voir le chemin qu'elle a fait en seulement trois jours, je n'aurais pas su faire mieux moi-même à son âge. Au lieu d'être fière et soucieuse de ses démarches, tu fermes les yeux et tu préfères l'ignorer, car c'est plus simple et plus facile pour ta conscience que d'avoir à reconnaître que les actions que tu as posées lundi matin sont au-delà de ce qui est raisonnable. Quant à moi, je ne m'en fais pas pour elle. Je m'en fais pour toi. Je sais qu'il reste un peu d'humanité quelque part en toi, c'est juste que tu ne t'en sers pas aux bons moments et ne l'investis pas sur les bonnes causes.


Décroche un peu d'Amir Khadir et de Gab Nadeau. Ils ne sont que des personnages de fiction à côté de ma sœur et moi qui sommes réellement présentes dans ta vie, et il n'y a aucune chance que ces derniers t'apportent un jour quoi que ce soit d'autre que de la frustration. D'un autre côté, la toute petite famille que constituent tes deux filles, les deux personnes qui t'aimeront toujours et t'accepteront toujours malgré tes imperfections, sont encore là, pas si loin que ça, et tu devrais peut-être remettre tes priorités aux bonnes places avant que nos différents chemins nous éloignent davantage de toi... Parce que, nous avons beau être indulgentes et pardonner, nous avons beau t'aimer inconditionnellement comme une fille aime sa mère ― un moment donné, nous sommes humaines comme tout le monde, avec nos faiblesses et nos fragilités, et nous nous épuiserons de regretter quelqu'un qui n'en a rien à faire. Ce n'est pas une menace, mais une réalité. Ça fait deux soirs que je pleure pour toi... Mais est-ce que ça t'importe? Je me dis que tu ne pleures probablement pas pour nous. Tu es tellement détachée et distante, je ne te reconnais plus.


"Facile de dire je t'aime"? Au moins, nous te le disons ― et toi, est-ce que tu nous le prouves, en ce moment? Un autre bel exemple de projection. Tu vois, nous ne sommes pas les seules dans le tort.


Ce n'est pas à Stéphanie de te présenter des excuses... ou en tout cas, pas plus à elle qu'à toi. Peut-être aussi que tu vas me haïr après cette lettre, et ça me peinera grandement si c'est le cas, mais j'ose espérer, arrogante que je suis, qu'à ton tour, ça t'aura au moins fait réfléchir un peu dans le bon sens. Je crois qu'il est grand temps qu'on médite toutes les trois sur ces événements s'il y a encore quoi que ce soit à sauver du foutoir qu'est notre famille.


Sur ce, je te laisse profiter de ta journée. Même principe que la dernière fois : ne me réponds pas si c'est seulement pour me faire parvenir un message haineux, tu gaspilles ton temps et tes énergies. Écris-moi si tu veux voir les choses changer pour le mieux, autrement, je vais passer mon chemin. Je t'invite à consacrer tes efforts à améliorer ta qualité de vie plutôt qu'à rager à peine perdue sur ma sœur et moi. La vie doit continuer pour tout le monde, après tout.


Sans mauvaises intentions, je t'aime. Prends soin de toi.
»


 
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5.22.2012

Cri du cœur.

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C'est la voix d'un chagrin tout neuf, la voix de l'amour mort ou vif [...],
C'est la voix d'une enfant qu'on gifle, c'est la voix d'un oiseau craintif [...],
Si je disais tout ce qu'il chante, tout c'que j'ai vu et tout c'que j'sais,
J'en dirais trop et pas assez ― et tout ça, je veux l'oublier.

[Edith Piaf ―
Cri du Cœur]

Une lettre (révisée) écrite à "l'autre maman"... ou disons un tout petit hommage à celle-ci.

« [...]
Je te parle à cœur ouvert. Je suis un peu plus à l'aise avec toi, maintenant que nous nous connaissons mieux. Aussi je crois que tu te mérites ces... appelons-les de modestes "éloges", si on veut.

En un premier temps, je voulais te dire, tout simplement, que je t'apprécie beaucoup. Et que j'envie parfois ton fils, pour être entièrement franche avec moi-même.

Il me semble qu'il ne réalise pas pleinement la chance qu'il a de t'avoir comme mère, de t'avoir encore dans sa vie. Je m'en rends compte aujourd'hui, car c'est quelque chose que je n'aurai probablement plus la chance d'avoir, vraiment. Je sais bien que les choses n'ont pas toujours été roses entre vous deux, mais je suis véritablement contente et rassurée de vous voir en meilleurs termes ―
voire même réconciliés. Ça me fait chaud au cœur, même si je suis plutôt navrée pour moi-même vis à vis de ma relation avec ma propre mère. Je vois bien que le fait d'avoir renoué avec toi lui apporte du bon, et je ne doute pas un seul instant qu'il en soit de même pour toi.

Je disais à Kev, hier soir avant d'aller dormir, qu'il doit apprécier ce qu'il a. Je crois qu'il en prend un peu plus conscience maintenant qu'il me voit triste. Ça me chagrine énormément de devoir admettre que, je suis presque mieux de considérer ma "gentille petite maman d'enfance" comme si elle n'était plus, comme si elle était perdue pour toujours. Ça me désole de le reconnaître, mais je crois que nous en sommes (ou plutôt, elle en est) maintenant à un point de non-retour. Pas que je n'aie pas la volonté de changer les choses entre nous, ou même entre elle et ma sœur, mais plutôt ― et malgré elle, peut-être ― je crains qu'elle ne veuille (ou ne puisse?) plus essayer, compte tenu de l'état psychologique et émotif dans lequel elle se trouve. Je sais que dans tous les cas, bien que cela me peine, ce n'est pas au-delà de mon vouloir ; c'est au-delà de mon pouvoir.

J'admire que ton fils et toi soyez parvenus à surmonter vos différends ainsi que certaines de vos incompatibilités, car je sais combien ça peut être difficile. J'espère que les choses continueront d'aller en s'améliorant pour vous deux. Tout comme je me considère chanceuse d'avoir ton fils dans ma vie et lui suis reconnaissante d'être tout ce qu'il est pour moi, je suis sincèrement heureuse de t'avoir comme belle-mère ; ce n'est pas donné à tout le monde d'être en bons termes avec "l'autre famille", comme tu le sais sans doute. Par exemple, lui n'a pas eu cette chance avec ma mère. Peut-être que dans d'autres circonstances, les choses auraient été différentes. Je me le demande, parfois. Mais enfin, ainsi va la vie.

Je partage ceci avec toi parce que tu es, je le crois, la mieux placée pour comprendre ma réflexion ― ma sœur a la tête et le cœur légers avec ses nouvelles amourettes, c'est ainsi un peu plus facile de mettre de côté ses soucis (et je ne l'en blâme pas, bien au contraire, cela m'apaise pour elle) ; et Kev... bien qu'il me comprenne mieux que quiconque, je crains que mon désarroi actuel soit une chose dépassant sa bonne volonté à me soutenir et à partager ma peine. Je pleurais hier soir, et il me tenait contre lui pour me réconforter... Mais les mots lui manquaient. Il embrassait doucement mon front et me caressait le dos en silence, visiblement songeur, mais surtout désemparé. J'ai alors réalisé que c'était probablement difficile pour lui de concevoir ce qui me manque et ce que je regrette en cette femme pour qui il n'a que du mépris. Avec raison, je le lui accorde ; malheureusement, il ne l'a pas connue telle que moi je l'ai connue et aimée de tout mon cœur ― avant que le désespoir, la solitude et la rancœur l'aient dévorée et emportée. Je l'aimerai toujours autant, même si je lui en voudrai toujours un peu de ne pas s'être battue contre la personne froide et amère qu'elle devenait au fil du temps. Si elle savait combien elle me manque.


Elaine, tu es une bonne maman. J'espère que tes enfants le réalisent. Et je tâcherai de le rappeler à ton fils.
»


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