That feeling you get when you leave a conversation and think of all the things you should've said.
< L’homme sensible, comme moi, tout entier à ce qu’on lui objecte,
perd la tête et ne se retrouve qu’au bas de l’escalier. > [Denis Diderot]
Extraits de lettres rédigées à l'attention d'une personne spéciale de mon passé.
Je retranscris le tout ici, car l'écriture de ces lettres m'a amenée à réfléchir plus sérieusement au sujet de certains événements sur lesquels je ne m'étais jamais réellement arrêtée - ou plutôt, j'avais choisi de laisser ces souvenirs derrière moi, ne jugeant pas nécessaire de m'y apitoyer. En bout de ligne, je crois que le fait de remuer mes vieux "fantômes" m'a permis à moi-même de comprendre et de mieux définir le cheminement que j'ai fait durant les deux dernières années. Et je suis plutôt satisfaite du résultat - ma réalisation personnelle, c'est-à-dire.
Par souci de préserver certaines informations personnelles, j'ai censuré et abrégé certaines parties des deux lettres. J'ai également édité le contenu afin d'y ajouter certains détails que j'avais, une fois de plus après réflexion, oubliés de mentionner.
[Première lettre.]
« Salut, {personne spéciale}.
Excuse-moi si j'ai mis un certain temps à répondre. [...] C'est la première journée, depuis un certain temps, où j'ai vraiment le temps de m'asseoir à tête reposée, seule et tranquille à la maison, depuis lundi dernier. Et puis bon. C'est comme ça.
En réalité, je t'ai dit que je ferais suite à ton message, il y a quelques jours, mais en toute franchise je ne sais pas trop quoi t'écrire. [...] Je suis ravie que tu m'aies répondu. Ça fait un poids en moins sur ma conscience - car tu étais, jusqu'à la semaine dernière, la seule personne qui en valait la peine avec qui je n'avais pas encore eu l'opportunité de "faire la paix" et de dire, "bon, ça y est, on passe à autre chose". Aussi égoïste cela puisse-t-il sembler, je le faisais initialement pour moi-même, pour avoir la tête en paix, et c'est pour cette raison que je n'espérais pas forcément une réponse en retour ; je voulais avoir fait ma part. Et je suis d'autant plus heureuse que tu aies répondu positivement. Je suis plus tranquille ainsi.
[...] Ça fait vraiment longtemps. Je ne sais pas pour toi, mais pour ma part, j'ai (sans prétention) beaucoup changé. La fille que tu as connu il y a deux ans me semble drôlement loin, essentiellement parce que je me cherche nettement moins qu'à ce moment-là. Je suis beaucoup plus "moi" que la fille insécure et instable que j'étais quand je t'ai connue. Il me semble aussi que la personne que je suis désormais n'a donc, à première vue, plus grand chose en commun avec celle de l'époque où nous nous sommes fréquentées. Je dirais même qu'à un certain point, tu serais possiblement déçue. Pas que je ne sois pas à l'aise avec ma façon d'être actuelle, mais je réalise surtout que j'ai évolué dans un contexte probablement fort différent du tien (ou du moins, c'est ce qu'il me semble, a priori). Peut-être que je me trompe, aussi. Mon souvenir de toi me paraît tellement vague. Je ne sais plus vraiment qui tu es. Je ne sais même pas si nous avons encore quoi que ce soit en commun...
[Maintenant que l'idée est lancée], je m'imagine difficilement devant un café avec toi à te raconter mon cheminement psychologique des deux dernières années, et mon changement de cap assez drastique, en fait ; comment je vois les choses depuis, surtout. Je me sens idiote d'admettre ça aussi bêtement, mais je n'étais tellement pas "moi" quand je t'ai connue, j'étais particulièrement confuse ; je souhaitais tellement plaire et trouver ma place auprès de quelqu'un de bien que je suis tombée en mode "caméléon" et je me suis enterrée moi-même. Je t'ai toujours perçue comme une fille pleine de principes et de valeurs idéales, et je t'admirais beaucoup - mais au fond, ça n'avait rien à voir avec moi, ce n'était pas mes idéaux, mais bien les tiens. [...] J'aurais aimé réaliser à l'époque que ce mode de vie est tout à l'opposé de ce que je recherche. Je l'ai compris beaucoup trop tard et je regrette que tu aies été la victime de ma... "recherche d'identité".
Il a fallu que j'apprenne à connaître Kev très personnellement, avec le temps, pour me rendre compte qu'il perçoit et envisage les choses plus comme je me les imaginais - et ça m'a aussi permis d'arrêter de me questionner autant, et de juste... être moi-même, de cesser de me retenir de faire/penser les choses comme elles viennent ; d'arrêter d'avoir peur de ne pas être à la hauteur, et d'accepter les faits tels quels. J'aimerais pouvoir dire que je suis une meilleure personne qu'avant, mais ça ne serait pas tout à fait vrai ; mais au moins, je suis plus authentique. Ça ne plaît pas à tout le monde, mais sincèrement, je m'en préoccupe de moins en moins et j'ai finalement l'impression de vivre pour vrai et de mieux respirer. À force d'éliminer toute la bullshit superficielle autour de moi [ainsi que les gens fake et hypocrites qui s'y rattachent et qui en sont responsables, pour ne pas les nommer - ils sont trop nombreux], je crois pouvoir dire que les quelques personnes qui demeurent actuellement dans mon entourage proche sont ceux qui méritent véritablement mon respect et mon affection, vice versa.
Lorsqu'on a coupé les ponts, sache que j'ai regretté à ma façon. J'ai toujours un peu regretté, en fait, parce qu'il y a tellement de choses que j'aurais voulu t'expliquer, tant sur le moment qu'avec du recul. Je trouve qu'il n'y a rien de pire que d'être laissé à ses questionnements, sans réponse, sans lumière sur les événements, mais d'un autre côté, je n'ai jamais eu l'occasion de le faire ni une opportunité appropriée de t'expliquer les choses. Maintenant que ça fait si longtemps, j'ignore si cela en vaut toujours la peine [à tes yeux]. Quoi qu'il en soit, considère ceci comme mon ultime excuse, pour ce que ça vaut maintenant. [...] »
[Deuxième lettre.]
« Si tu me permets, j'aimerais poursuivre mon message d'hier. [...] Je ne veux pas faire du sentiment - même que c'est plutôt difficile de me remettre exactement dans ma tête à ce moment-là - mais bon, peut-être que ça t'intéressera de connaître une partie de l'histoire de mon point de vue. Je n'ai jamais souhaité que tu gardes le sentiment d'un échec sur la conscience, car ce n'était aucunement de ta faute.
L'échec ne venait pas de toi, mais bien de moi. De par mon incapacité à saisir mes propres besoins, à définir ce que je recherchais vraiment dans une relation, mais surtout parce que je n'étais pas bien dans ma peau - [ou plutôt, dans mon costume, derrière mon masque]. Je me cherchais tellement une identité propre que je m'en suis confectionnée une à partir d'inspirations tirées d'un peu de partout, alors qu'au fond, c'est tellement plus simple d'apprendre à vivre avec qui on est déjà et d'en tirer le meilleur. J'aurais aimé avoir la sagesse de m'en rendre compte plus tôt, mais je crois qu'avec la dépression qui m'accablait durant cette mauvaise période de ma vie, ça aurait été chose difficile. Enfin.
Ça n'a jamais vraiment été de ta faute. Tu es quelqu'un de bien et tu as donné ce que tu avais à offrir, et ça aurait dû être amplement suffisant - si cela avait réellement correspondu à ce dont j'avais besoin. Je ne doute pas une seconde que ta nouvelle conjointe soit comblée à tes côtés. Tu es une bonne fille, une amante attentionnée et tu as bon cœur. J'ai été aussi heureuse que j'aurais pu l'être avec toi, et je pense pouvoir affirmer que je t'ai aimée de la façon que je croyais bonne de le faire... Mais encore, j'avais cette restriction, cette incertitude, ce manque d'assurance et d'aisance qui me retenaient de m'épanouir entièrement. Et pour l'avoir vécu (dans le sens inverse) par le passé, dans un couple où l'un donne et aime plus que l'autre, où l'un... "profite" plus que l'autre, ça fonctionne difficilement. C'est difficile - pour celui (celle) qui se retrouve dans ta situation. Ce n'est pas comme si je ne savais pas d'avance par quoi je te ferais passer quand je me suis en allée ; [...] je sais combien c'est dur pour la confiance et l'estime de soi, entre autres choses. Mais j'ai toujours préféré jouer cartes sur table, jouer franc, et je n'avais surtout pas envie ni l'intention de jouer avec tes sentiments et te torturer pendant des semaines d'hésitation quand au fond de moi, je savais pertinemment ce qui était à venir - et je savais d'avance qu'il était mieux pour moi de passer à autre chose. [...]
[Début juin 2010.] Les choses ne se sont pas déroulées de façon très amiable entre toi et moi, c'est un fait. Ça a déboulé très, très vite pour moi. J'étais déjà inconfortable avec certaines insécurités, certains questionnements lorsque tu es partie en Europe - mais rien d'assez précis pour que je puisse véritablement mettre le doigt dessus. J'étais également attristée que tu partes si longtemps - et à peine deux ou trois jours plus tard, j'ai été suspendue de mon travail (en me doutant fortement que j'allais le perdre). Je pense que c'est ce qui a fait déborder le vase, si on veut. Comme tu étais pratiquement impossible à rejoindre, j'ai eu le réflexe de chercher du support moral ailleurs. Et à mon étonnement, Kev - le gars qui n'avait jamais été très bavard avec moi - a été le premier à m'offrir son écoute, ce jour-là. J'étais loin de me douter de son intérêt pour moi, à ce moment-là. [Notamment parce que je n'avais pas d'attirance particulièrement définie pour lui ; parce que je le savais déjà épris d'une de ses amies/ex inaccessible [appelons-la S.B.], et ce depuis début 2010 ; et finalement, parce qu'il me croyait homosexuelle. Et pourtant.] Alors, il m'a semblé être l'écoute la plus neutre et la plus objective que je puisse trouver. [...] J'étais sans emploi et démoralisée à fond. Et le plus j'anticipais ton retour, le plus je le craignais, parce que mes doutes se concrétisaient au fur et à mesure et je savais que je n'aurais pas assez de temps pour faire le tri et mettre ça au clair.
La plupart de tout ça est arrivé par la force des choses, et même un peu malgré moi, parce que je n'ai pas immédiatement compris le changement qui se faisait dans ma petite tête confuse... Mais j'ai suivi la voie du cœur plutôt que de la raison. [...] Le soir où tu es revenue d'Europe et rentrée chez moi... j'ai paniqué. Je n'étais pas prête, je me suis sentie prise à la gorge. [...] Je crois que j'avais besoin de passer encore un peu de temps avec toi pour y voir plus clair, pour être certaine de ne pas sacrifier ce qu'on avait sur un coup de tête, sur une émotion volatile et possiblement éphémère. Les deux jours qui ont suivi ont parlé beaucoup pour moi ; j'ai réalisé que je n'étais plus à l'aise... le cœur me manquait. [...] J'ai dû me rendre à l'évidence que je n'étais pas à la hauteur avec toi. Ou du moins, je me sentais incapable de continuer tout en essayant d'être finalement moi-même et ne mettant pas de côté mes propres besoins. Pas que tu étais difficile à vivre ou que tu m'aies rendu malheureuse, au contraire - plutôt, tu nécessitais de moi, en tant que femme, ce que je n'avais pas à offrir de mon naturel, je dirais.
Malgré mon attirance pour les femmes [...], j'ai toujours trouvé difficile, demandant, voire épuisant de les aimer et d'avoir l'impression de suffir, d'être assez présente et dévouée, assez compréhensive, surtout. J'ai déjà du mal à fournir pour moi-même, haha. Je crois que je n'aurai jamais la force d'être la compagne idéale d'une femme. Nous sommes fragiles, insécures, émotionnellement instables - ou complètement cinglées, pour dire les vraies choses ; je ne suis pas faite suffisamment forte psychologiquement pour ce genre de relation. J'ai besoin de quelqu'un d'assez fort pour me relever, de quelqu'un qui apaise mon stress [...] par son tempérament calme et assuré (voire nonchalant) pour compenser mes moments d'insécurité ; j'ai besoin de quelqu'un qui accueille ma peine avec un sourire réconfortant - un optimiste, un bouffon, mais aussi une tête forte - plus que la mienne encore ; j'ai besoin de quelqu'un qui ne se laisse pas atteindre trop facilement, de quelqu'un de confiant, surtout. [...] J'ai mes forces, mais celles-ci ne font pas partie de celles que je maîtrise. Du moins, pas auprès d'une femme. Rendre un homme heureux, le rassurer et l'aider à s'épanouir en demande tellement peu, tellement moins. Même s'ils sont parfois plus difficiles à saisir qu'une personne du même sexe... Ça me vient plus naturellement, on dirait. Le défi est différent. Je ne l'aurais jamais cru possible, venant de moi, il y a deux ans - j'avais peur des hommes, carrément. Comme tu le dis toi-même, c'est à force de peur et de doute qu'on finit par s'empêcher de vivre - et c'est un peu ce que je faisais. [...] Il fallait sans doute que je me laisse une deuxième chance pour m'en rendre compte - pour trancher noir ou blanc, au lieu de me questionner sans cesse. Et pour finalement me retrouver, m'engager dans le bon chemin. [...] Actuellement, ma vie (amoureuse) n'a jamais été aussi simplement satisfaisante. Il y a comme cet équilibre naturel, cette compatibilité, ce sentiment d'être entièrement complet à deux - qui est, je crois, une complicité nécessaire à un couple pour qu'il s'épanouisse.
[...] Je suis véritablement heureuse que tu aies rencontré [ta conjointe] quelque temps plus tard - tu te méritais quelqu'un qui veille à ton bonheur. [...] Je suis d'autant plus contente que le bonheur dure toujours pour toi. Je vois très, très peu de couples réellement épanouis, dans mon entourage. [La plupart des gens s'accrochent souvent au premier venu par besoin égoïste d'attention, d'affection, sans réellement éprouver de sentiments véritables envers ces derniers. Triste réalité - mais je crois tout le monde passe par cette étape, cette... erreur, au moins une fois dans sa vie avant de comprendre de comment se construit une vraie relation amoureuse.] C'est un petit miracle lorsqu'on tombe sur l'ami, l'amant et le compagnon de vie idéale, rassemblés en une même personne. Je crois que ces choses-là arrivent souvent de la façon la plus inattendue - là où on ne les cherche pas, ou lorsqu'on ne les espère plus. [...] Ça me fait du bien de voir des gens heureux (en amour, surtout). Les gens se laissent tellement aller à la haine facilement - se laissent aller tout court, finalement. Ça manque de positif dans mon entourage. La plupart de mes proches se retrouvent dans des patterns négatifs dans lesquels ils se complaisent étrangement et desquels ils ne veulent pas se sortir... À un tel point qu'ils en deviennent mauvais, méfiants et jaloux. [...] C'est rassurant de voir qu'il y a encore de l'amour authentique, du bonheur simple et de la bonne volonté autour de moi.
C'est entre autres la raison pour laquelle je ne regrette rien de ce qui s'est produit. Dans le sens que, je crois qu'au final, le résultat est plutôt optimal dans tous les cas. Toutes deux, je pense, en avons tiré une leçon pour le moins enrichissante et cela nous a permis d'atterrir au bon endroit, dans une vie qui nous convient mieux. [...]
Je vous souhaite encore beaucoup de bonheur à toutes les deux.
Porte-toi bien. »
Ceci est, à mes yeux, une preuve parmi tant d'autres qu'il y a tant à apprendre de ses erreurs.
Surtout de celles qu'on regrette le plus.
0 commentaires:
Post a Comment
NB : Chaque fois que vous commentez un article sans vous identifier, un bébé chat meurt dans un feu. Sauvez un bébé chat - identifiez-vous.